visites

Questions diverses

 

 

Pourquoi peut-on être surdoué et dyslexique ?

  

La dyslexie est un trouble d’apprentissage qui porte sur l’apprentissage et l’automatisation de la lecture. Elle est indépendante de l’intelligence. On peut être intelligent et dyslexique. Il faut d’ailleurs être intelligent pour être diagnostiqué « dyslexique ». En effet, la dyslexie est un trouble qui suppose qu’un manque d’intelligence ne peut pas expliquer les grandes difficultés en lecture.

 

La dyslexie est imputable en partie au mauvais fonctionnement de l’hémisphère gauche, celui qui est dédié au langage (oral mais aussi écrit) et au traitement séquentiel. L’hémisphère gauche traite des informations qui se suivent dans un certain ordre, comme c’est le cas des lettres, syllabes et mots dans le discours oral et dans le langage écrit.

 

L’enfant précoce utilise préférentiellement son hémisphère droit, parfois aux dépens du gauche. Cela peut expliquer un manque d’aisance pour développer les compétences qui requièrent un traitement séquentiel, comme pour lire des lettres, des syllabes et des mots agencés dans un certain ordre. Ce n’est donc pas étonnant qu’il y ait davantage d’enfants dyslexiques parmi les enfants précoces que parmi les enfants d’intelligence normale.



De nombreux enfants précoces sont dyslexiques sans avoir été diagnostiqués comme tels. Leur précocité leur permet de compenser et masquer assez longtemps leurs efforts et leurs difficultés en lecture. A l’inverse, leur dyslexie ne leur permet pas d’être les excellents élèves qu’ils pourraient être, empêchant ainsi leur précocité de se révéler. Ils ne savent pas qu’ils sont intelligents car en difficulté en lecture et bientôt en difficultés scolaires globales. Ils ne savent pas qu’ils sont dyslexiques et ne comprennent pas pourquoi, malgré leurs efforts, lire et copier restent si lents et coûteux ni pourquoi on leur reproche de ne pas faire assez d’efforts. Petit à petit, ils se persuadent qu’ils sont idiots et incapables de réussir. Le découragement est inévitable.

 

Il est important, devant un enfant en apparence intelligent, pertinent à l’oral, mais lent et beaucoup moins performant à l’écrit, de se poser la question de la dyslexie, même s’il lit beaucoup, aime lire et semble lire relativement vite : peut-être ne lit-il que le début des mots et en devine-t-il la fin. Un bilan orthophonique peut révéler la dyslexie, libérant ainsi l’enfant du sentiment de ne pas être assez intelligent et responsable de ses lacunes. Ce n’est qu’en comprenant les difficultés d’un enfant dyslexique, en l’encourageant et le félicitant énormément que l’on pourra lui éviter le découragement et l’échec scolaire, surtout s’il est précoce et déjà naturellement peu sûr de lui.

 

 

Pourquoi certains enfants précoces ont-ils des résultats très hétérogènes au test de QI ? 

 

Les enfants qui réussissent brillamment certaines épreuves et beaucoup moins les autres épreuves, sont loin d’être des cas isolés. Un enfant précoce n’est pas forcément aussi performant dans tous les domaines mais des écarts trop importants doivent alerter, ils cachent peut-être un trouble cognitif ou un trouble d’apprentissage. Beaucoup de psychologues ne sont pas en mesure de donner un sens à cette hétérogénéité. Il faut en effet être formé à la neuropsychologie pour tenter d’expliquer les écarts importants entre les notes ou les indices des tests. Les parents aimeraient comprendre pourquoi leur enfant excelle dans certaines épreuves et sont nettement moins performants dans d’autres, surtout si des fragilités ou difficultés sont repérées dans le travail scolaire. Ils supposent que ce profil hétérogène pourrait expliquer en partie le parcours scolaire de leur enfant. Malheureusement, les psychologues qui n’ont pas une approche neuropsychologique ne peuvent pas donner une analyse même hypothétique du profil cognitif de l’enfant.

 

Par exemple, un enfant réussit brillamment les épreuves verbales mais les autres épreuves, qui nécessitent de bonnes compétences visuo-spatiales et/ou attentionnelles sont très moyennement réussies. Il faut essayer de comprendre pourquoi il y a un tel écart entre les épreuves verbales et non-verbales. Le plus efficace mais onéreux est de compléter les bilans déjà faits par un bilan neuropsychologique. Auparavant, je conseille de faire déjà vérifier la vue (trouble visuel ? Fatigue visuelle ?) puis de demander un bilan orthoptique neurovisuel qui peut-être montrera un léger trouble de la prise d'information visuelle et/ou de l'organisation du regard qui pourrait expliquer cet écart. Si les épreuves de mémoire de travail sont également échouées ou nettement moins réussies que les autres épreuves verbales, un bilan orthophonique est souhaitable, à la recherche d’une probable dyslexie.

 
Les troubles neurovisuels peuvent fatiguer l'enfant et le décourager car il doit faire beaucoup d'efforts et se sent en difficulté. Ils peuvent occasionner des difficultés et/ou lenteurs en lecture (mais généralement compensées en cas de précocité), orthographe et copie, tout ce qui passe par un traitement visuel. Le problème avec les enfants précoces, c'est qu'ils peuvent compenser longtemps et on prend conscience de leurs difficultés trop tardivement. On aurait pu les aider plus tôt. D'ailleurs, certains réussissent aussi à compenser et obtenir des notes correctes au bilan orthoptique. Donc, ils donnent l'impression de ne pas avoir de problème et continuent à devoir faire plus d'efforts que nécessaire. J'insiste toujours beaucoup sur le fait que cet écart à un sens, dans mon compte rendu écrit, afin que l'orthoptiste soit vigilante au fait que la précocité peut masquer des choses.



Une hétérogénéité peut aussi s’expliquer par un trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité. Cela est assez fréquent chez les enfants précoces, y compris dans un contexte de syndrome d’Asperger ou de trouble envahissant du développement (dysharmonie du développement avec traits autistiques légers). Seul un bilan neuropsychologique pourra confirmer ou infirmer ces diagnostics.

 

 

Faut-il parler de la précocité de l’enfant ?

 

Je conseille plutôt de ne pas le dire car les gens ne savent généralement pas grand chose sur la précocité et risquent d'en avoir une idée fausse (ou plusieurs idées fausses d'ailleurs) :

 

* "Cet enfant est précoce donc il doit tout réussir, il n'a pas le droit à l'erreur".


* "Il a de la chance, ce n’est pas juste" (à vous de voir si c'est vraiment une chance d'être précoce).


* Lorsque des parents préviennent l’école : "Ces parents sont bien prétentieux de me dire ça". "En voilà encore qui vont vouloir un passage anticipé".



La précocité peut être dite si cela s’avère nécessaire, à condition de bien prendre le temps (beaucoup de temps car il y a beaucoup à dire sur ces enfants) de bien expliquer les différences de ces enfants, et surtout sur le plan émotionnel : le fait que ça rend leur vie parfois compliquée, douloureuse. Expliquer que la différence ne s'arrête pas à un plus haut niveau d'intelligence mais à un fonctionnement cognitif et émotionnel différent et pas toujours adapté. Bref, que la précocité peut rendre très différent et être vécue comme un handicap.

 

Les enfants, par contre, doivent savoir qu’ils sont précoces et dès qu’ils sont en âge de comprendre, entendre des explications sur la précocité. La plupart des enfants sont soulagés de l'apprendre et veulent en parler. Je pense vraiment qu'ils ont besoin d'entendre qui ils sont et comment ils fonctionnent, et surtout qu'ils sont différents mais pas moins bien que les autres ni anormaux. Certains enfants, au contraire, ne veulent pas l'entendre car cela les blesse ou les angoisse de ne pas être comme les autres. Ils le sentent depuis toujours et le jour où l'on nomme cette différence, ils en ont la preuve alors qu'ils auraient voulu la nier. C'est plutôt vrai pour les adolescents ou les enfants plus grands. Il faut alors leur donner le minimum d’explications, se montrer disponible s’ils veulent en reparler mais ne surtout pas insister.

 

 

Les enfants précoces sont-ils violents ?

 

Les enfants précoces ne sont pas violents mais peuvent être hyper-réactifs, car dans leur cerveau, les connexions se font rapidement. Leur cerveau fonctionne un peu "comme" en mode réflexe. Attention, je mets des guillemets à "comme". Disons que leur cerveau est tellement vif qu'il "saute" sur la moindre information (d'où l'hypersensibilité). Cela peut aussi occasionner des réactions et mouvements qui ne sont pas suffisamment mesurés. L’enfant peut avoir des réactions violentes quand, par exemple, il se sent agressé : il réagit au quart de tour, pousse très fort celui qui l'embête ou le frappe sans l'intention de faire mal. Il peut avoir des gestes brutaux ou maladroits, car il réagit trop vite donc ne contrôle pas. A force d'avoir ce mode trop réactif et de se sentir différent et incompris, un enfant précoce peut devenir violent mais celui qui sait depuis tout petit qu'il est précoce, qui en parle avec ses parents, qui se sent compris et accepté avec sa différence n'a pas de raison de devenir violent ni méchant. Ce qui rend méchant, c'est le manque d'amour et la tristesse. Beaucoup d'enfants précoces ont le sentiment de ne pas être assez bien et se sentent mal aimés, beaucoup traînent un mal être (surtout quand la précocité n'est pas connue). Ceux-là peuvent devenir violents, mais pas plus que d'autres enfants qui vivraient les mêmes choses sans être précoces. Ceux qui vont bien (et oui, on peut être précoce et aller bien) n'ont pas de raison d'être méchants.



Les enfants précoces ont souvent une mauvaise image d’eux-mêmes, ils se dévalorisent, se disent « nuls », ou « méchants ». Il faut les rassurer sur ce point. Même s'ils sentent parfois de la violence en eux, il faut leur dire qu'ils ne sont pas violents pour autant. Sans doute qu'il leur arrive de ressentir de la colère et de la haine (sentiments qu'ils trouvent violents), quand ils se sentent incompris et victimes d'injustice. Ils supportent mal les frustrations, ce qui peut générer des sentiments violents. Mais il faut bien leur dire que la violence est en chacun de nous, elle est inhérente à l'espèce humaine et que le mal n'est pas de penser mais de passer à l'acte. Etre violent ne consiste pas à avoir envie de taper, à sentir de la colère, mais à ne pas pouvoir s’empêcher de taper.



J'ai écrit un texte sur ce sujet pour une classe de CE2-CM1 suite à une intervention que m'avait demandée le maître de la classe après des événements violents entre ses élèves. Il se trouve sur mon site : http://psychologie.scolaire.monsite-orange.fr/lesenfantsperturbateurs/index.html


Le site étant limité à 9 pages, j'ai rajouté ce texte à la suite de la page sur les enfants perturbateurs, donc en bas de page. C’est un texte prévu pour travailler avec des élèves, il est écrit pour des enfants. Les parents peuvent le lire avec leur enfant pour parler de la violence avec lui.

 


L'enfant précoce insupportable

 

Je rencontre beaucoup, beaucoup de parents découragés, « à bout », en pleurs. Ils m’expliquent que leur enfant est explosif, excessif, opposant. Ils se sentent démunis. Les psychologues spécialisés et les associations, telles que l’AFEP, l’ANPEIP, l’ASEP suisse ou d’autres peuvent les aider, mais il leur faut surtout comprendre d’où vient le problème.

 

Qu'est-ce qu'un enfant précoce insupportable ?

  

C’est un enfant qui ne gère pas ses émotions et ses réactions, à cause d’une réactivité cérébrale trop intense et de l’hypersensibilité qui en découle.


C’est aussi et surtout un enfant qui va mal, car cette hypersensibilité peut faire souffrir.


Et surtout, s’entendre sans cesse reprocher des comportements qu’il ne contrôle pas, une hypersensibilité dont il est la première victime, concourt à augmenter sa souffrance et le sentiment d’être incompris et mal aimé. Cela aggrave aussi son comportement : se sentant incompris et mal aimé, l’enfant s’oppose ou explose de plus en plus souvent. C’est un cercle vicieux.

 

Une famille démunie face à un enfant précoce insupportable

 

C’est normal que parfois, les parents saturent lorsque l’enfant est vraiment insupportable, malgré tout l’amour qu’ils lui portent. Si l’enfant pique une colère, crie, se montre violent et incontrôlable, ce n’est pas le moment d’agir. Il ne peut pas se calmer et se raisonner instantanément, il faut attendre que la tension retombe. Il faut qu’il sache que lors de ces débordements, il doit s’isoler dans un endroit calme et que ce n'est pas une punition : c'est la meilleure façon d'apaiser la situation. Ensuite, il sera temps d’ouvrir le dialogue et de chercher à comprendre ce qu’il a ressenti et pourquoi il a explosé.


Pourquoi se met-il dans cet état ? Pourquoi se comporte-t-il si mal ? On pourrait poser la question autrement : « Pourquoi en arrive-t-il à être malheureux alors qu’en apparence il a tout pour être heureux ? »


« Tout pour être heureux » est une expression qu’on utilise pour parler des autres, en se référant uniquement aux apparences. Qui est compétent pour juger si un enfant a tout ou pas pour être heureux ? Les apparences sont souvent trompeuses.


Un enfant précoce peut avoir en apparence tout ce qu’il faut et manquer de l’essentiel : l’amour. Ou du moins le sentiment de compter vraiment pour ceux qu’il aime. Il peut manquer aussi de renforcements positifs : il a besoin d’entendre et voir qu’il est quelqu’un de bien, d’autant qu’il a lui-même une bien mauvaise estime de soi. Au contraire, il ne bénéficie pas assez de mots gentils, de compliments, d’œil qui brille, de fierté à son égard, alors que les critiques sont fréquentes puisqu’il se comporte mal, épuise son entourage et se montre insolent. Il est facilement blessé, car son hypersensibilité émotionnelle lui fait voir chaque réflexion, chaque reproche comme une preuve qu’il ne vaut rien et qu’on ne l’estime pas.


Le pire pour lui est de chercher à faire de son mieux et fournir des efforts, toujours plus d’efforts, sans résultat. On lui reproche même de ne pas en faire assez. Alors pourquoi essayer de faire encore plus d’efforts pour ne rien gagner d’autre que des critiques ? A quoi se raccrocher pour aller mieux si les efforts sont vains ? Il se sent tellement seul et incompris.


Il n’y a peut-être pas plus invisible que les efforts. C’est le cas pour les enfants « dys » qui font plus d’efforts que les autres, pour des résultats scolaires décevants et des reproches sur leurs résultats irréguliers et leurs efforts supposés insuffisants. On leur dit : « Je sais que tu peux faire mieux ». Oui, il peut faire mieux, mais pas constamment, car cela demande une quantité d’efforts qu’il ne peut pas fournir en continu. On ne peut pas toujours faire des efforts, surtout sans encouragement. Les parents et les enseignants doivent en prendre conscience avant que l’enfant ne se décourage durablement.


Pour un enfant précoce qui est insupportable, c’est la même chose.


Quand on déplore le comportement d’un enfant, quand on ne le supporte plus, la meilleure façon d’améliorer la situation n’est certainement pas de lui faire des reproches, le punir, le culpabiliser, l’accuser. Surtout s’il est à haut potentiel ou plutôt « à haute émotivité ».


La seule solution, c’est de chercher à le comprendre pour l’aider à aller mieux. Son comportement inadapté ou dérangeant ne pourra s’améliorer que s’il va mieux, s’il se sent compris et aimé.


On a tendance à davantage faire des remarques négatives (reproches) que positives (compliments). Et pourtant, si on faisait le contraire, ce serait tellement mieux : les gens s’entendraient mieux, seraient plus motivés pour faire un bon travail et respecter les autres, et peut-être auraient moins de problèmes psychologiques et médicaux. Il y aurait sans doute moins de violence.


« Commencez par rendre heureux ceux que vous voulez rendre meilleurs » a dit un directeur de collège, le frère Théotique, en 1839. Il avait tellement raison. Si vous souhaitez que le comportement de votre enfant s’améliore, rendez-le heureux, ou plutôt rassurez-le.


Devant un enfant difficile, épuisant, colérique et récalcitrant, la première chose à faire pour des parents est de comprendre qu’il ne fait pas exprès de se comporter ainsi, mais que c’est parce qu’il va mal : il souffre, se sent nul, anormal, pas assez bien, pas assez aimé. Il a peur.


Il souffre et on le lui reproche. Il doit faire des efforts constants pour supporter son hypersensibilité, sa réactivité, son anxiété, son besoin d’amour jamais satisfait…et on lui reproche de ne pas faire d'effort. Il fait des efforts pour essayer de se conformer aux attentes des adultes, mais ça ne leur suffit jamais. Quelle injustice à ses yeux !


Il faut comprendre enfin que pour l’aider, il faut lui montrer qu’on l’aime et le rassurer sur sa valeur. Et rien d’autre. Il n’a pas forcément besoin d’une psychothérapie, encore moins de reproches et de punitions. Juste de l’amour.


Cela ne veut pas dire qu’il faut tout lui passer et accepter ses comportements inacceptables. Il doit améliorer son comportement, mais pour cela, il a besoin d’aide, de compréhension et d’amour. Il faut lui expliquer qu’il n’est pas responsable de son hypersensibilité, mais qu’il doit apprendre à bien se comporter et contrôler ses réactions. Il n’est pas responsable de sa tendance à mal se comporter mais s’il ne fait rien pour changer, il sera responsable. Ça ne sera pas facile, mais il peut compter sur ses parents pour l’y aider.


La sophrologie peut aussi l’aider en ce sens.


(Tout ce que j’écris là sur l’enfant précoce incompris est valable pour les adultes surdoués).

 

 

Comment aider un enfant précoce à aller mieux ?


Les enfants précoces, de par leur extrême sensibilité et leur esprit critique, risquent plus que d'autres, d'aller mal. Trop sensibles, ils s'adaptent difficilement à un monde qui ne les ménage pas, ne les comprend pas. Trop critiques, ils gardent à l'esprit leurs défauts plus que leurs qualités, d'où le sentiment de ne pas être assez bien.

 

Certains sont immensément tristes et désillusionnés, d'autres très heureux. Il existe toutes les graduations possibles entre ces deux extrêmes.

 

Face à un enfant précoce qui va mal, les parents sont démunis, inquiets, culpabilisés. Tout d'abord, j'insiste sur le fait que ce n'est pas la faute des parents. Certes, ils n'ont pas été parfaits, certes ils ont fait des erreurs...comme tous les parents. D'autant plus qu'ils ont un enfant différent et déconcertant, qui ne rentre pas dans les schémas connus et ne leur permet pas de se référer à l'éducation donnée par les autres parents. Ce qui "marche" dans les autres familles ne marche pas forcément avec un enfant précoce. Les parents sont mis à mal dans leur rôle éducatif et de là à penser qu'ils ne sont pas compétents, il n'y a qu'un pas.

 

D'autres parents qui n'ont pas de souci avec leur enfant, n'auraient peut-être pas fait mieux avec cet enfant-là. Le problème vient du fait que la précocité n'est pas encore suffisamment connue et comprise.

 

Alors que faire pour améliorer la situation avec un enfant précoce "difficile" et/ou en souffrance ? Tout d'abord, faire tester l'enfant en cas de soupçon de précocité car se savoir précoce est le point de départ à une évolution positive. Ensuite, se renseigner pour découvrir cette différence, la comprendre et apprendre à vivre avec.


Si l'enfant n'est pas trop jeune, il faut échanger à ce sujet, lui donner des explications, lire avec lui des livres sur le sujet. Lui expliquer qu'on a conscience que c'est difficile d'être différent mais que cela peut aussi être une chance, une force et une grande richesse. Que le monde serait ennuyeux si nous étions tous pareils.

 

Lui expliquer surtout qu'il est différent mais pas moins bien que les autres, pas fou, ni anormal, ni bête. Juste différent.

 

Lui dire que cette précocité peut lui paraître encombrante, peut compliquer sa vie mais aussi lui donner une grande liberté pour sa vie future : le choix. Lui pourra prétendre à de grandes études, pour ensuite viser le métier qui lui plaira. D'autres n'ont pas cette chance car leurs capacités intellectuelles ne seront pas suffisantes pour entrer et réussir dans ces grandes écoles. Avoir le choix est une donnée essentielle pour un enfant comme lui, qui a besoin de contrôler la situation.


Les parents se plaignent souvent de ne "plus y arriver" avec leur enfant précoce qui est contestataire, opposant, colérique. Afin d'apaiser les choses, il faut avoir conscience que ces comportements ne sont pas des caprices mais l'expression de leur crainte de ne pas être assez bien, pas assez considéré, pas assez fort. D'une part, leur cerveau est réactif et engendre des débordements, d'où colère et excès. D'autre part, ne pas avoir le dernier mot, se soumettre, perdre à un jeu, reviennent pour eux à engager leur identité, leur valeur. Déjà plus ou moins persuadés d'être nuls, d'avoir peu de valeur et de ne pas être assez aimés, ils ne supportent pas de se voir dans une position qui confirme leur nullité et leur faiblesse. Perdre à un jeu ne signifie pas seulement ne pas avoir gagné mais révèle leur manque de valeur. Ils vivent cela comme un échec.


Ce sont des enfants très respectueux des règles s'ils les comprennent. Ils auront donc besoin d'un minimum d'explications pour accepter ce qu'on attend d'eux. Je dis "minimum", cela ne veut pas dire que le parent doit se justifier. C'est le parent, il doit donner des limites et des règles à son enfant, il doit exiger. L'enfant précoce est anxieux et a besoin d'un cadre franc pour être rassuré.


Enfin, je dirai qu'un enfant précoce a avant tout un très grand besoin d'être rassuré :


* sur sa valeur car il a facilement le sentiment de ne pas être assez bien. Trop lucide et trop critique, voire perfectionniste, il retient trop ses défauts, ses échecs, ses erreurs. Il faut lui rappeler souvent en quoi il est merveilleux.


* sur ses capacités car il manque généralement de confiance en lui. Trop habitué à apprendre vite, il n'est pas armé pour garder confiance quand le travail demande un peu plus d'efforts. Il oublie souvent qu'apprendre demande du temps et des efforts, lui qui pense qu'il est anormal de ne pas réussir instantanément. Il faut lui rappeler qu'apprendre est parfois difficile, pour tout le monde et qu'il peut avoir l'impression de ne pas être capable uniquement car il n'est pas habitué à ne pas réussir tout de suite.


* sur tout ce qui peut l'inquiéter au quotidien. C'est un enfant trop lucide, qui comprendre trop vite ce qui l'entoure. Il ne faut pas le laisser seul avec ces inquiétudes et en parler le plus possible avec lui.


* sur l'amour qu'on lui porte. Lui-même n'est pas satisfait de ce qu'il est, il est donc persuadé que les autres déplorent aussi ce qu'il est. Trop sensible, il reçoit fortement les reproches qu'on lui adresse et peut en conclure qu'on ne l'aime pas. Il a besoin de câlins, de disponibilité, de compliments.


Un enfant précoce qui connait sa différence, qui se sent compris, qui est rassuré suffisamment sur sa valeur, ses capacités et qui sait qu'il compte pour ceux qu'il aime, n'a pas de raison durable d'aller mal.

 

 

Un enfant précoce doit-il sauter une classe ?

 

Oui et non. C'est comme les antibiotiques, ce n'est pas automatique !

 

La question n'est pas tellement de savoir si l'enfant peut sauter une classe, mais si c'est une bonne chose pour lui. Tous les enfants précoces n'ont pas envie ou besoin d'accélérer le rythme de leur scolarité, y compris avec un potentiel et une avance scolaire importants. Cela peut être parce qu'ils sont peu concentrés, trop peu sûrs d'eux, trop anxieux, qu'ils ne veulent pas quitter leurs amis, se distinguer et paraître différents... C'est vraiment au cas par cas.

 

Lorsque la proposition émane de l'école, c'est simple et justifié la plupart du temps. Si la demande vient de la famille, c'est plus compliqué. Il y a certes des parents qui ont de très bonnes raisons de faire cette demande : leur enfant s'ennuie de plus en plus en classe, s'en plaint régulièrement, a mal au ventre le matin avant de partir à l'école...et l'enseignant ne s'est rendu compte de rien. Mais il y a aussi des familles qui demandent, parfois de façon insistante, un passage anticipé qui n'est pas justifié, pas souhaitable, pas possible. L'enfant n'en a ni les capacités, ni l'envie, ni le besoin. Les enseignants ont tous plus ou moins rencontré ce genre de familles et s'en méfient. C'est pourquoi une demande de passage anticipé est souvent mal accueillie lorsqu'elle provient des parents. Et pourtant, certaines demandent sont justifiées. C'est le cas pour les enfants très discrets, très appliqués, très scolaires, qui ne se font pas remarquer et qui s'ennuient en silence, sans jamais le faire voir à l'enseignant. Les parents ont parfois raison, il faut les écouter.  

 

Afin d'avoir un avis le plus objectif possible, il faut demander un bilan psychologique qui permettra de mettre en lumière les capacités cognitives (raisonnement, attention, mémoire de travail...) et les compétences scolaires de l'enfant, ainsi que sa demande : a-t-il envie ? A-t-il surtout besoin de sauter une classe ?

 

L'école peut faire intervenir le psychologue scolaire. C'est le mieux placé pour évaluer une demande de passage anticipé, car il a un regard expert sur le fonctionnement cognitif et sur les acquisitions scolaires (il a été enseignant lui-même). De plus, il est le collègue des enseignants et ceux-ci font souvent davantage confiance à son avis qu'à un examen réalisé par un psychologue en libéral.

 

Si vous êtes convaincu que votre enfant a réellement besoin d'un passage anticipé et si l'école refuse d'appeler le psychologue scolaire (ce qui ne devrait normalement pas arriver), vous pouvez demander ses coordonnées à l'inspection de circonscription (IEN) et le contacter par vous-même. Si le psychologue scolaire est débordé et ne peut pas intervenir assez rapidement, il vous faudra recourir à un psychologue en libéral.

 

L'école étudiera le compte rendu de l'examen psychologique ou l'avis du psychologue scolaire, mais aussi l'avis de l'enfant. Si l'enfant n'est pas en souffrance, s'il ne montre pas ou ne dit pas clairement que la situation est insupportable pour lui, si le passage anticipé peut être évité, il vaut mieux le laisser continuer sa scolarité au même rythme que les autres. Ce n'est pas forcément facile d'être différent, de se démarquer.