visites

   L'école

 

 

L'école est souvent le lieu où l'enfant précoce se sent le plus mal. C'est là que sont cumulés les contraintes scolaires, le poids du groupe (hyperstimulation, bruits) et les difficultés relationnelles.

 

L’enfant précoce n’est pas forcément prédisposé à être un élève brillant et épanoui à l’école. C’est souvent tout le contraire. Certains vont bien et sont de bons élèves, concentrés, heureux à l'école et adaptés. D'autres, notamment les garçons, ne sont pas des enfants épanouis ni des élèves en réussite. La précocité intellectuelle peut être un handicap, scolaire et affectif. Il faut être très vigilant avec ces enfants, ne pas oublier que la précocité intellectuelle est souvent compliquée à vivre. Les professeurs ont d’autant plus de mal à les comprendre et à s’adapter à leur fonctionnement qu’ils se sentent parfois remis en cause par ces enfants très perspicaces, critiques et curieux. Ce sont des enfants qui sont capables de corriger les erreurs de l’enseignant, de contester, tant ils ne supportent pas l’injustice. Ils prennent beaucoup de place en posant « trop » de questions pour assouvir leur curiosité. Or, le regard de l’enseignant est déterminant pour que l’enfant ait une bonne image de soi et envie de travailler.

 

Les élèves précoces peuvent connaître des difficultés scolaires. Ils n'en sont pas dispensés par leur intelligence que l’on croit exceptionnelle. Seuls quelques-uns sont brillants. Beaucoup d’enfants précoces (quatre fois plus de garçons que de filles) sont en difficulté scolaire et même en échec. Parmi les élèves qui ont un QI supérieur à 130, un tiers redoublera au moins une fois dans sa scolarité. Quant à ceux dont le QI dépasse 140, c’est la moitié qui redoublera. Selon une étude de l’AFEP, l’association française des enfants précoces, en classe de troisième, un tiers des élèves précoces est en réussite, un tiers obtient des résultats moyens et un tiers est en échec. Il est donc judicieux de considérer l’enfant précoce comme un enfant vulnérable face aux apprentissages. Plusieurs éléments de sa personnalité et de son fonctionnement cognitif peuvent compliquer sa scolarité :

 

* L’ennui peut expliquer pourquoi l'enfant précoce ne trouve pas de sens à l'école. Il n'a pas besoin d'écouter parce qu'il sait déjà. Cela va trop lentement pour lui. Pendant les corrections, il attend. Son travail est juste, il n'a rien à corriger. L'enseignant ne l'interroge pas ou très rarement parce qu'il préfère vérifier que les élèves plus faibles ont compris. L'élève précoce se désintéresse de l'école, perd l'habitude d'écouter, de faire des efforts. Il s’ennuie, bâcle son travail, refuse de le faire et s’agite.

 

* Le manque de confiance en soi : l'enfant précoce est très peu sûr de lui, il baisse très facilement les bras, abandonne. Pas seulement parce qu'il n'a pas le goût de l'effort, surtout parce qu'il n'a pas confiance en lui. Il a l'habitude d'apprendre et de comprendre facilement et rapidement. Par exemple, il a appris à lire en quelques mois, parfois avant l'âge de quatre ou cinq ans. Alors, devant un exercice un peu difficile, il perd ses moyens. Il ne sait pas qu'il faut parfois faire des efforts et prendre du temps pour réussir un travail. Un enfant normal sait qu'il faut réfléchir, s'accrocher et qu'on finit par y arriver. Lui ne sait pas que c'est normal de ne pas pouvoir tout réussir tout de suite. Il ne comprend pas la difficulté ni l’échec ponctuel comme une étape de l’apprentissage. Alors, à chaque nouvelle difficulté, il va se dire qu'il n'est pas capable, qu'il est bête, qu'il est nul. Arrivés à la fin du primaire, ces enfants sont persuadés de ne pas être intelligents. Le premier obstacle rencontré à l'école survient lorsque l'enfant commence à apprendre à écrire en cursive. Cet apprentissage demande de l'entraînement ; il n’est pas possible de le maîtriser rapidement. Pour certains, c'est insupportable. Ils prennent l'écriture « en grippe ». C'est pourquoi on a tant d'élèves précoces qui écrivent « comme des cochons », en dehors de tout trouble moteur. Ils ont juste appris à écrire en étant crispés, énervés, découragés. Les enfants précoces peuvent aussi se trouver en difficulté à partir du collège. Ecouter et apprendre par cœur ne suffisent plus. On attend d’eux qu’ils réfléchissent, qu’ils persévèrent, qu’ils s’organisent et mettent en place une démarche de travail. Certains décrochent et sont persuadés qu’ils ne sont pas capables de faire ce qu’on attend d’eux. Ce n’est qu’une impression. Ils ne savent pas qu’ils doivent seulement apprendre à travailler autrement et se faire confiance. De  plus, l’enseignant n’a pas toujours connaissance de la précocité intellectuelle de son élève. Si ce dernier n’est plus motivé et passe son temps à rêver pour tuer l’ennui, l’enseignant a plutôt tendance à le croire en difficulté. Cela ne peut que lui confirmer qu’il n’est pas capable de mieux réussir et d’être un bon élève. Cela s’appelle « l’effet Pygmalion ». C’est un processus qui a été étudié scientifiquement dans des classes d’enfants de tous niveaux. Si on fait croire à un enseignant que ses nouveaux élèves sont bons, même si c’est faux, ses élèves vont progresser davantage que si on lui avait dit le contraire. Et inversement, si l’enseignant pense avoir à faire à des élèves peu doués, il favorisera moins leur progrès. Autrement dit, si le professeur de l’élève précoce pense qu’il ne peut pas être un bon élève, il condamne d’une certaine manière son élève à ne pas devenir un bon élève. Dans ce cas, on parle d’effet Pygmalion négatif

 

* Le manque de goût pour l’effort : habitué à apprendre facilement et sans effort, l’enfant précoce peut être incapable de faire des efforts le jour où cela devient nécessaire. Il n’a jamais eu besoin d’apprendre à en faire. Les efforts ne sont possibles qu’avec une solide motivation. A eux deux, efforts et motivation sont les clés de la réussite scolaire. Et c’est souvent ce qui manque à l’enfant précoce et ce qui le précipite dans l’échec scolaire. L’ennui et le manque de confiance en soi le démotivent. Démotivé, il ne fait plus d’effort, ne fait plus grand-chose en classe. Il s’ennuie donc de plus en plus et ses notes baissent. Ce qui le démotive encore plus. Difficile de sortir de ce cercle vicieux.

 

* Le manque d’attention : l’enfant précoce parvient difficilement à se concentrer sur une seule chose à la fois. Tout l’intéresse, tout l’attire : ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il pense. Il se disperse, s’occupe de ce qu’il voit autour de lui, regarde les exercices qui sont sur l’autre page, observe son voisin, écoute les bruits extérieurs. Il se perd dans ses pensées, surtout si le travail ne l’intéresse pas. Il va alors paraître inattentif et laisser penser qu’il ne peut pas se concentrer, qu’il a un trouble de l’attention ou même qu’il est hyperactif. Ce n’est pas impossible (On peut être surdoué et hyperactif), mais la plupart du temps, il bouge et se concentre difficilement parce que c’est son mode de fonctionnement, sa forme d’intelligence. Ses idées s’enchaînent à grande vitesse, ce qui lui fait parfois perdre le cours de son raisonnement. Il ne se concentre pas sur une seule question. Au contraire, les questions lui font penser à d’autres questions. Il est entraîné malgré lui dans des associations d’idées qui l’embrouillent. Il n’arrive pas à la fin d’un raisonnement parce que ses réflexions se sont perdues en route, envahies par beaucoup d’autres idées. Occupés à penser, ils se coupent du monde et ne s’occupent pas assez de ce qu’ils ont à faire, ils ne passent pas à l’action. Ils peuvent ainsi rester vingt minutes devant leur feuille avant de commencer l’exercice. Ils pensent à autre chose ou même à l’exercice qu’ils doivent faire. Ils se demandent s’il y a plusieurs façons de le réussir, quelle est la meilleure façon, la plus rapide, la plus compliquée. Ils pensent au lieu de faire. Parfois aussi, ils visent la perfection, ils sont très appliqués et prennent beaucoup de temps pour s’assurer qu’il n’y aura pas d’erreur, pas de rature. A force de ne pas suffisamment se concentrer, de ne pas être attentif à ce qu’il se passe en classe, l’enfant précoce peut « passer à côté » de certaines notions et prendre du retard. Il se retrouve en difficulté et peut difficilement rattraper le niveau puisqu’il reste inattentif et de plus en plus persuadé qu’il est nul.

 

* Les troubles d’apprentissage : dans la plupart des cas, c’est l’enfant lui-même qui s’est mis en difficulté, par son attitude face au travail, à cause de son ennui et de son manque de confiance en soi. On ne peut pas dire qu’il est vraiment responsable, encore moins coupable. C’est son intelligence qui l’amène à être ce type d’élève. Disons qu’elle est à l’origine de ses difficultés en classe. Cependant, il y a aussi beaucoup d’enfants précoces qui ont vraiment un trouble d’apprentissage (dyslexie ou déficit attentionnel essentiellement). L’élève précoce n’est pas à l’abri de ce type de trouble. Son intelligence n’est pas parfaite et toute puissante. Elle complique même encore un peu plus les choses. Il manque déjà très souvent de confiance en lui et de persévération. Une dyslexie lui demandera beaucoup d’efforts qu’il aura du mal à fournir. Son intelligence peut aussi retarder le diagnostic et la prise en charge du trouble parce qu’elle lui permet de compenser et de masquer le trouble. Par exemple, un enfant dyslexique peut se débrouiller les premières années parce qu’il comprend malgré tout ce qu’il lit, anticipe et devine ce qui va suivre, ce qui lui permet de ne pas lire trop lentement. Lorsqu’il devra lire des textes longs, à partir du CE2, on remarquera sa lenteur et ses difficultés, mais on aura perdu du temps pour lui proposer une rééducation. De plus, un trouble d’apprentissage peut, lui aussi, cacher les grandes capacités de l’enfant. Il est lent et en difficulté alors il ne viendra à l’esprit de personne que cet enfant puisse être précoce. Les recherches ont montré que les enfants précoces sont plus souvent dyslexiques que les enfants d’intelligence normale. D’après certaines associations d’enfants à haut potentiel, la proportion de dyslexiques parmi leurs membres serait de 30 %. Ces particularités ne sont pas encore complètement expliquées par les scientifiques, mais il semblerait qu’elles soient relatives à un fonctionnement différent du cerveau. L’hémisphère droit serait privilégié aux dépens du gauche. L’hémisphère gauche serait donc moins performant. Or, c’est celui qui est habituellement dédié au langage donc impliqué dans la lecture et nécessaire pour bien lire. Face à un élève précoce en difficulté scolaire, des bilans psychologique et/ou orthophonique doivent mettre en évidence ou exclure un trouble d’apprentissage qui pourrait expliquer les difficultés rencontrées à l’école. Le diagnostic est souvent tardif chez ces enfants qui compensent, ce qui retentit sur l’estime de soi, la confiance en soi et les apprentissages.

 

* Une intelligence différente : lorsque nous devons comprendre, réfléchir et apprendre, nous utilisons deux façons de le faire. Parfois, nous prenons en compte tout en une seule fois. C’est le cas lorsque nous reconnaissons un paysage ou un visage. Nous utilisons toutes les informations en même temps. Cela s’appelle le mode « simultané » (en même temps). L’enfant précoce utilise préférentiellement ce mode : il peut penser à plusieurs sujets en même temps et faire deux choses à la fois. Sa mémoire s’appuie sur ce mode de pensée. Les informations à mémoriser sont prises en une seule fois, de façon simultanée. Il utilise surtout sa mémoire visuelle qui fonctionne de cette façon. Le traitement simultané est du ressort de l’hémisphère droit, celui que l’enfant précoce utilise de préférence. L’autre mode est appelé « séquentiel » (par séquences, par morceaux). Il consiste à décomposer, à utiliser des informations les unes après les autres, dans un certain ordre. Le mode séquentiel sert par exemple à comprendre une consigne précise, à s’organiser dans son travail. « Je vais faire ce premier calcul puis ce second et avec les deux résultats, je ferai ce troisième calcul ». L’enfant précoce n’est pas à l’aise avec ce mode de pensée qui prend du temps et relève plutôt de l’hémisphère gauche, moins efficace chez lui. Par exemple, il sait donner la bonne réponse à un problème de mathématiques parce qu’il sait que c’est la bonne réponse (de façon intuitive, simultanée), mais il ne sait pas dire comment il le sait. De même, il a du mal à organiser ses idées lorsqu’il doit raconter à l’oral ou écrire un texte. Il sait ce qu’il veut dire, mais toutes les idées arrivent en même temps. Il ne sait pas dans quel ordre les dire ou les écrire. Les neurosciences sont les sciences qui s’intéressent au fonctionnement du cerveau. Elles ont permis de comprendre que les différentes fonctions (langage, mémoire, mouvement, vision….) sont mises en œuvre dans des zones spécifiques du cerveau. Lorsqu’on parle, on n’utilise pas la même partie du cerveau que lorsqu’on regarde un paysage. Chaque type d’action a une zone qui s’occupe de sa réalisation, même si d’autres zones interviennent. Sauf en cas de lésions ou de variations individuelles, l’hémisphère gauche est le siège du traitement séquentiel. Il gère le langage, la pensée élément par élément, comme dans le langage (Chaque mot est compris par rapport aux autres mots de la phrase et dans un certain ordre). On lui doit aussi la pensée rationnelle, l’argumentation, l’organisation du discours et de la pensée, la mise en place de démarches. L’hémisphère droit prend en charge la pensée simultanée, la prise d’informations globale (On prend en compte tout en une seule fois), l’analyse visuelle et l’orientation dans l’espace, l’intuition et la créativité. L’enfant précoce utilise généralement beaucoup plus son cerveau droit que son cerveau gauche. Il est donc plus à l’aise avec le mode simultané qu’avec le mode séquentiel. Malheureusement, c’est le mode séquentiel qui est le plus sollicité à l’école et qui permet d’obtenir de bons résultats. Si l’hémisphère gauche fonctionne moins bien, il est plus difficile d’ordonner ses idées pour construire un texte, de comprendre les consignes, de lire et d’écrire vite.

 

* Une logique particulière : l’enfant précoce peut être gêné pour comprendre les consignes parce qu’il a tendance à tout prendre « au pied de la lettre », c'est-à-dire à faire exactement ce qu’on lui demande, en respectant la consigne mot à mot. Pour lui, les mots ont un sens exact et il se rapporte à ce sens. Lorsque la consigne n’est pas assez claire, les autres enfants imaginent généralement bien ce qu'on attend d’eux, mais pas lui. Il risque de ne pas faire son travail correctement parce qu’il n’a pas bien compris ce qu’il faut faire. Par exemple, on demande de lire un texte et de le réécrire en le transformant en dialogue. Il sera évident pour tous qu’il faut raconter la même histoire, mais sous forme de dialogue. L’enfant précoce peut penser qu’il doit écrire un dialogue en imaginant une histoire à partir d’une idée du texte. Il comprendra avec le mot « transformer » de la consigne qu’il faut transformer aussi l’histoire. Il ne pensera pas à simplement changer la forme du texte en gardant les mêmes idées parce que cela lui paraîtra sans complexité et sans intérêt. D’après lui, tous les enfants de son âge savent écrire un dialogue. Pourquoi la maîtresse demanderait-elle un tel travail ? Il peut aussi ne pas pouvoir répondre à une question dont il connaît la réponse parce qu’il trouve cette réponse trop évidente. Il n’imagine pas une seule seconde que l’enseignant puisse attendre une réponse aussi simple. Il va donc dire qu’il ne sait pas ou donner une réponse très compliquée qu’il sera le seul à comprendre. L’enfant précoce a tendance à rendre compliqué ce qui est simple. Il n’a pas une intelligence infaillible qui lui permettrait d’être toujours brillant. Elle peut aussi compliquer sa scolarité parce que les enseignants n’ont pas conscience que cet élève pense différemment, qu’il ne comprend pas toujours bien les consignes alors qu’il paraît si intelligent. Il peut être perçu comme un élève qui se moque du monde ou qui ne fait pas assez d’efforts. On entend dire de lui : « Il ne se donne pas beaucoup la peine. Pourtant, quand il veut, il peut ». Cela ne l’aide pas à mieux apprendre et certainement pas à reprendre confiance en lui.

 

* La fragilité psychologique : l'enfant précoce est très sensible, très critique et lucide, ce qui le rend anxieux et peu sûr de lui. Il est susceptible, même s'il ne le montre pas. Une remarque, un reproche vont le toucher et le marquer durablement. Sa mémoire est excellente et il n'oubliera pas ce qu'on lui a dit. Une remarque, même anodine, peut lui trotter longtemps dans la tête. Cela fait de lui un enfant fragile, aux relations parfois difficiles avec ses camarades et ses professeurs. Lorsqu’un tel enfant est préoccupé par des soucis extérieurs à l’école, un problème familial ou des questions angoissantes, il ne peut pas « laisser ses problèmes à la porte de l’école ». Il y pense tout le temps. Sensible et anxieux, il est plus qu’un autre enfant, submergé par ses soucis. Ils occupent tout son esprit et l’empêchent de penser à autre chose, donc de se concentrer pour écouter les cours, réfléchir et apprendre. Chez l'enfant précoce, l'émotion prend facilement le dessus. Un enfant précoce émotionnellement perturbé ou préoccupé ne peut pas être disponible pour réfléchir sur du travail scolaire.


 


Comment faciliter la scolarisation d'un enfant précoce ?



En 2002, le rapport Delaubier a mis en évidence la nécessité de prévoir des adaptations scolaires pour ces enfants. Il reste cependant beaucoup à faire. De nombreux professeurs ne connaissent pas les spécificités de ces élèves, ne les comprennent pas et ne savent pas comment les aider. Les deux causes principales de l'échec scolaire de ces enfants sont le manque de confiance en soi et l’absence de motivation.

 

 

Pourquoi certains enfants précoces ne sont-ils pas motivés ?

 

* Le manque de motivation est lié à une faible confiance en soi : habitué à ce que tout apprentissage soit facile et rapide, l’enfant précoce se retrouve désarmé le jour où le travail est moins facile. Il perd tous ses moyens, ne comprend pas ce qui lui arrive et baisse les bras. Si l’on n’y prend pas garde, il va s’imaginer qu’il n’est pas capable de faire le travail demandé, à chaque fois qu’il sera confronté à un exercice moins facile.

 

* Le manque de goût pour l’effort : habitué à ce que tout soit facile et rapide, l’enfant précoce n’a pas besoin de faire des efforts ni même d’apprendre à en faire.

 

* L’ennui : habitué à ce que tout soit facile et rapide, l’enfant précoce se désintéresse de l’école parce qu’il n’y trouve pas d’activité suffisamment stimulante. Il sait déjà faire, il sait faire au bout d’une explication quand les autres ont besoin de plusieurs semaines d’entraînement, il sait faire en trois minutes quand les autres ont besoin de vingt minutes. Tout va trop lentement pour lui, il s’ennuie et se détache de ce qui se passe en classe.


 

Pour aider un élève précoce à réussir, il faut avant tout prendre en charge ces deux problèmes

 

* Pour qu'il reprenne confiance en lui, il faut lui expliquer et lui répéter souvent qu'il a l'illusion de ne pas être capable, mais que ce n'est qu'une illusion. Il n'a juste pas compris qu'apprendre peut demander des efforts et du temps.

 

* La motivation s'améliorera si le travail devient plus intéressant. On peut épargner à l'élève précoce les exercices qu’il maîtrise déjà. Pendant que la classe travaille sur une notion qu’il n’a plus besoin de travailler, on peut lui proposer de faire autre chose : aider les autres enfants, préparer un exposé, aller passer un moment dans une classe supérieure… Il faut aussi lui montrer qu'on s'intéresse à lui, qu’on souhaite qu'il réussisse, qu’on est fier de ses progrès et de ses efforts. C'est un enfant qui accorde une place essentielle à l'affectif. Les encouragements sont la meilleure motivation pour lui. Si l’enfant est malheureux en classe et s’il est en danger d’échec scolaire par désintérêt et ennui, l’école peut proposer un ou même deux passages anticipés. Mais attention, ce n’est pas parce qu’un enfant est précoce et qu’il s’ennuie en classe qu’il doit obligatoirement sauter une classe. D’une part, tous les élèves s’ennuient par moment. L’ennui n’est pas réservé aux élèves précoces. Le travail scolaire n’est pas toujours passionnant et il y a pour tous, des moments de « vide » où les exercices sont terminés et où il faut attendre que les autres aient fini. D’autre part, certains enfants n’en sont pas capables, ils sont trop immatures, trop inattentifs, trop anxieux. Leur niveau scolaire n’est pas suffisamment élevé. C’est une décision qui est réfléchie au cas par cas, dans l’intérêt de l’enfant. Le but est de le mettre face à un travail plus intéressant, des apprentissages qu’il ne maîtrise pas encore, un rythme de travail qui lui conviendra mieux. Comme il devra travailler et apprendre plus vite dans la classe supérieure, il ne trouvera plus que les autres sont trop lents, il attendra moins et s’ennuiera moins. S’il s’ennuie moins, il aura moins l’impression d’aller en classe pour rien, il retrouvera l’envie de travailler et se sentira mieux à l’école. Le passage anticipé a aussi un autre avantage important. Il évite que l’élève prenne l’habitude de ne rien faire et qu’il ne soit confronté qu’à des exercices trop faciles. Lorsque tout est facile, on ne fait jamais d’effort et on n’apprend pas à persévérer. Le passage anticipé est parfois demandé avec insistance par les parents. Quand c’est possible, on pense qu’il vaut mieux que l’enfant soit comme les autres, qu’il suive les cours avec les enfants de son âge, même s’il s’ennuie un peu. Le passage anticipé ne doit intervenir que lorsqu’on ne peut pas faire autrement et quand on est sûr que dans la classe supérieure, l’élève qui a sauté une classe sera parmi les meilleurs. Si on pense qu’il risque d’être un élève moyen, il vaut mieux qu’il ne saute pas de classe.


 

Lui apprendre à apprendre autrement

  

Apprendre suppose la mise en œuvre de deux démarches : la démarche séquentielle qui consiste à traiter successivement des éléments dans un certain ordre, par exemple, le langage et la lecture qui nécessitent un traitement élément par élément, les mots et syllabes étant organisés dans un certain ordre. Et la démarche simultanée qui s’active quand le sujet traite l’information de façon globale, sans tenir compte des différents éléments. Par exemple, lorsque nous regardons un triangle, nous ne voyons que le triangle et non pas les différents segments qui le composent.

 

Le traitement séquentiel, élément par élément, est plus proche du traitement linguistique, car le langage est une suite de mots. Le traitement simultané, global correspond davantage au traitement visuel et spatial, mais chaque type d’information, verbale ou visuelle, peut impliquer les deux types de traitement :

 

Le processus séquentiel verbal permet de percevoir et conserver en mémoire de travail (mémoire à très court terme) des éléments verbaux en respectant l’ordre chronologique de leur présentation. Cela permet de comprendre les mots et les phrases successifs d’un discours.

 

Le processus séquentiel non verbal requiert la mémorisation du rythme et de la séquence des étapes requises dans l’exécution d’une tâche. Par exemple, retenir et reproduire un rythme frappé sur un tambour, retenir le déroulement d’une activité, étape par étape.

 

Le processus simultané verbal permet de comprendre le sens des métaphores, de ce qui est implicite, de faire des liens avec les connaissances antérieures et d’effectuer des synthèses, de créer des images mentales, ce qui conditionne le plaisir de la lecture.

 

Le processus simultané non verbal est responsable de la mémoire de localisation spatiale. Il permet la synthèse à partir de plusieurs éléments qui seront traités non pas l’un après l’autre, mais tous ensemble, de façon à en extraire l’essentiel. Par exemple, quelques éléments dispersés tels qu’un nez de clown et de grandes chaussures, permettent d’évoquer un clown.

 


Chaque apprentissage réclame plutôt l’un ou l’autre des deux processus, mais une scolarité facile suppose une bonne coordination des deux. Dans le cas de l'enfant précoce, le traitement séquentiel est souvent moins performant. Il peut avoir du mal à utiliser et mémoriser des informations qui se suivent. Il est donc nécessaire de le familiariser avec le mode séquentiel, qui, s’il n’est pas indispensable en élémentaire, lui fera défaut dans ses études ultérieures. Pour cela, il faut l’aider à prendre conscience de la façon dont il a trouvé le résultat, de la façon dont il est possible de réfléchir pour le trouver, de lui faire confronter ses démarches à celles des autres enfants. En résolution de problèmes mathématiques par exemple, il doit prendre l’habitude de se demander «  Comment j’ai fait pour trouver le résultat ? », « Comment je sais que c’est la bonne réponse ? », « Comment je peux vérifier que c’est la bonne réponse ? », « Si la maîtresse me demande d’expliquer comment j’ai trouvé la réponse, qu’est-ce que je lui dis ? ». Il faut l’aider à utiliser une démarche avec des étapes, à rédiger, à construire un texte. Il peut paraître évident de rédiger une rédaction, mais cet enfant-là (et sûrement bien d‘autres dans la classe) a besoin d’explications précises. Par exemple, écrire toutes ses idées sur un brouillon puis les trier pour mettre ensemble celles qui parlent un peu de la même chose. Choisir dans quel ordre on va les utiliser, ensuite faire un plan : introduction pour présenter le sujet puis premièrement, je parlerai de ça, deuxièmement, je dirai ça, troisièmement, je terminerai par ça et enfin, la conclusion. Les enseignants et les parents ne repèrent pas toujours cette difficulté et ne comprennent donc pas pourquoi rédiger, argumenter, expliquer et s’organiser semblent aussi compliqués pour lui.

  

Devant un enfant qui est manifestement en décrochage scolaire, il faut en chercher la ou les causes, car ce n'est qu'en comprenant bien pourquoi cet enfant ne suit pas à l'école ou pourquoi il ne travaille pas, qu'on pourra lui proposer les aides adaptées. Plusieurs explications sont possibles :

 
 
* Il s’ennuie et perd le goût d’apprendre. Si l’ennui peut expliquer à lui seul son inappétence pour l’école, il faut discuter avec son enseignante d’un éventuel passage anticipé.
 
 
* Il perd trop facilement confiance en lui et a peur de l’échec, il préfère donc ne rien faire plutôt que se rendre compte qu'en faisant des efforts, il ne réussit pas bien. Si la cause est celle-ci, il faut lui expliquer qu’il a seulement l’impression de ne pas être capable, car il n’avait jamais eu étant petit, besoin de faire des efforts et de prendre du temps pour apprendre. Au contraire, il est plus capable de réussir que la plupart des enfants de sa classe. Si ses camarades réussissent mieux que lui, c’est uniquement parce qu’ils savent que pour apprendre, il faut du temps, il faut essayer, recommencer, s’accrocher et qu’on finit par y arriver. Il en est capable, il doit juste changer sa façon de voir les apprentissages et reprendre confiance en lui. Un spécialiste de la gestion mentale peut l'aider à reprendre le contrôle de son raisonnement et lui apprendre à ne pas se bloquer lorsqu'il perd confiance en lui.
 
 
* Il est trop angoissé et a tellement peur de ne pas bien faire qu’il se bloque, il ne peut pas réfléchir car ses pensées sont envahies par les différentes choses qui l’angoissent. Il a alors besoin d‘être rassuré et/ou de bénéficier d’une psychothérapie ou encore d'un suivi en psychomotricité.
 
 
* Il cumule la précocité et un déficit d’attention. Il ne peut pas rester concentré, se perd dans ses idées, pense à trop de choses à la fois. Si c’est le cas, l’enseignant doit l’avoir à l’œil et penser à vérifier qu’il est prêt à écouter la consigne, qu’il ne se disperse pas pendant un travail, qu’il ne rêve pas. Un neuropsychologue peut poser le diagnotic, ou encore un centre ressource des troubles des apprentissages. La psychomotricité et la gestion mentale peuvent être bénéfiques. Un neuropédiatre peut prescrire un médicament qui lutte contre les déficits d'attention et l'hyperactivité, à base de Méthylphénidate (Ritaline, Concerta ou Quazym). Il est généralement bien toléré mais ça reste un médicament qui agit sur le cerveau, donc pas anodin. C'est aux parents de faire le choix d'accepter ou non. Les enseignants n'ont pas le droit de forcer les parents ou de les culpabiliser en cas de refus.
 
 
* Il cumule précocité et dyslexie. Personne n’a vu qu’il a des soucis pour lire car il est assez intelligent pour compenser, pour lire vite en devinant plus ou moins ce qui va suivre et comprendre ce qu’il lit, mais lire et copier lui demandent beaucoup d’efforts. Si c’est le cas (à faire diagnostiquer par une orthophoniste), il a besoin que le travail soit adapté (moins de lecture, moins de copie, plus de temps, exercice à trous...) et il a besoin de faire de l’orthophonie et peut-être de l’orthoptie neurovisuelle.
 
 
* Il ne voit pas bien ou n’entend pas bien. Un déficit sensoriel peut passer inaperçu longtemps. Cela peut valoir le coup de vérifier.
 
 
Avant de savoir comment l’aider, il faut rechercher parmi ces causes possibles, quel est ou quelles sont celles qui peuvent expliquer son manque de travail. Je pense sincèrement qu’il faut vraiment cerner le problème d’un enfant pour bien y répondre. Sinon, on risque de faire des erreurs ou de perdre du temps en actions inutiles. C’est comme si une terre manque d’engrais et qu’on s’acharne à trop l’arroser, la plante mourra quand même car le problème n’était pas lié à la quantité d’humidité du sol mais au fait que la terre soit épuisée en nourriture.


Un témoignage intéressant sur l'enfant précoce à l'école, sur un blog québécois (attention, quelques expressions inconnues en France : par exemple "bollé" : qui a une bonne tête, doué) :

www.yoopa.ca/blogueurs/billet/etre-un-enfant-doue/